Fort Chambly - Les commandants du fort
Le fort Chambly que nous voyons aujourd'hui ne ressemble pas au premier fort de bois de 1665. Il n'a pris ses dimensions actuelles qu'en 1710.
Pendant tout le Régime français, la population était peu nombreuse et les fonctions de commandant d'un fort étaient recherchées. Les hommes qui les détenaient formaient la petite noblesse coloniale et plus nous fouillons dans les documents, plus nous découvrons de liens familiaux entre eux.
Cette question de la parenté entre les commandants du fort Chambly m'a beaucoup préocupé et a été le motif de cette recherche qui m'a permis de découvrir des grandes familles qui étaient les "leaders" de leur temps.
 
Le début
Pourquoi et comment le fort Chambly fut-il construit? Le question pourrait être: Pourquoi le fort Chambly a-t-il conserve si longtemps une longue estime du public ? Une autre question se pose; Qui étaient ces hommes qui ont servi et ont commandé à Chambly pendant les années du régime français? Pour répondre à ces questions il faut comprendre un peu la situation à cette époque en Nouvelle-France.
Quand les premiers explorateurs français et les missionnaires sont arrivés ici dans les années 1600, il n'y avait que les rivières et les lacs comme moyen du transport dans le pays, c'était une forêt sauvage. D'abord acceptés par les indigénes comme visiteurs, ils deviennent des concurrents pour les mêmes précieuses ressources quand ils commencent à travailler la terre, à bâtir des maisons et à trapper les animaux. Une fois établis, malgré leur bonne volonté, les Francais sont, aux yeux des Indiens des intrus sur leur territoire.
Quand Samuel de Champlain s'allie à certaines tribus contre leurs ennemis, il déclenche inconsciemment un siècle de guerre et d'instabilité. Les rivières et les lacs paisibles deviennent des routes menaçantes par lesquelles les Indiens attaquent les Francais dans leur faibles établissements. Le principal ennemi est une confédération de cinq tribus, les Iroquois, qui vivent dans le nord de l'actuel État de New York. Ils représentent le plus important contingent d'indigènes. Ces cinq tribus sont les Agniers, les Onontagués, les Onneiouts, les Tsonnontouans et les Goyogouins parmi lesquels les Agniers sont les plus belliqueux. Les Français les appellent "Iroquois" sans faire de distinction entre les tribus. Par contre, les tribus supportées par les Français restent amicales et traitent avec eux, les guident dans forêt et leur aident à s'acclimater au pays.

Le défi
La France réalise que si elle veut évangéliser et faire la traite des fourrures, il lui faut protéger les colons et les missionnaires contre les raids iroquois. L'un des principaux chemins utilisés par les Iroquois est la vallée du Richelieu, que les colons à Montréal, Trois Rivières et Québec appellent la rivière des Iroquois.
En 1665, la France envoie le régiment de Carignan-Salières, sous les ordres du marquis Prouville de Tracy, pour fortifier et pacifier la colonie. Les soldats ont un contrat de trois ans. Une série de forts est planifiée, distante à une journée de canoë l'un de l'autre, avec une base à peu près au milieu de la rivière, au pied des rapides où se trouve le bassin. Cette forteresse est construite sous la direction du capitaine Jacques de Chambly en 1665 et recoit le nom de fort Saint-Louis. Plus tard, elle est connue sous le nom de son commandant, Chambly, de la même façon que la rivière est appelée rivière Chambly jusqu'au dix-neuvième siècle.
Les autres forts sur la rivière depuis le fleuve vers le lac Champlain sont: le fort Sorel, construit par Pierre de Saurel sur les ruines du fort Richelieu, puis, peut être, le fort l'Assomption, par le capitaine Berthier, prés de l'acuelle municipalité de Saint- Marc, le fort Sainte-Thérèse, par le colonel de Salières sur l'île du même nom, le fort Saint-Jean à Saint-Jean et le fort Sainte-Anne sur l'île Lamotte par le capitaine Pierre Lamothe de Saint-Paul. Ces forts sont tous érigés entre 1665 et 1668, mais aucun n'a l'importance
stratégique du fort Saint-Louis (Chambly). Le fort établi par le capitaine Jacques de Chambly est construit avec des matériaux locaux dans le style palissade. En plus d'être une forteresse de garnison, il est aussi un entrepôt pour les autres forts et un refuge pour les voyageurs.
Le capitaine Jacques de Chambly participe à toutes les expéditions punitives contre les Iroquois menées en 1666 par le marquis de Tracy avec le régiment Carignan-Salières. Les troupes francaises brûlent les villages iroquois et détruisent leurs récoltes et leurs provisions, ce qui amène un peu de tranquillité sur la vallée.
 
Le costume
Les soldats en garnison dans ces périlleux postes avancés sont recrutés dans les rues et les fermes de France parmi les populations pauvres et sans terre qui, en venant dans la colonie, espérent être nourris et vêtus et, en plus, avoir droit au pillage qui est la norme à cette époque. Ces recrues entraînées par quelques vétérans forment les compagnies de cinquante hommes. L'armée française exige seulement que chaque soldat soit bien vêtu et bien chaussé. La seule différence entre un militaire et un bourgeois est l'arme et ses accessoires que porte le soldat. Le régiment Carignan-Salières qui sert en Nouvelle-France en 1665 est le premier régiment français à porter l'uniforme décrit ainsi.
Le justaucorps est l'article essentiel de la tenue du soldat. Celui du régiment Carignan-Salières est confectionne d'une étoffe pratique de couleur marron, la frise, doublée d'une rude étoffe blanche et grise. Ce long vêtement sans collet a une jupe tombant juste au-dessus du genou et des poches à rabat très basses. Les manches s'arrêtent au milieu de l'avant-bras et se terminent par un large revers laissant paraître la doublure. Les soldats peuvent rabattre ces parements pour se protéger les poignets et les mains.
Le justaucorps s'attache de haut en bas par des boutons recouverts d'étoffe brune. Des boutons gris ou blancs ornent les manches. Des noeuds de rubans chamois et noir posés à la pointe des épaules constituent le seul ornement de ce vêtement sombre.
La coiffure, un chapeau de feutre noir à calotte basse et large bord uni, ressemble de près au chapeau porté par les paysans français de l'époque. Le bord du chapeau est relevé par-devant et quelquefois aussi par-derrière. Un ruban noir et chamois entoure la base de la calotte et se termine par un noeud pouvant pendre par-dessus le bord. Å l'origine, ce ruban sert à ajuster le chapeau à la tête du soldat.
Une veste à manches longues se porte sous le justaucorps. Elle sert de vêtement de dessus lorsque la petite tenue est de mise, et également de tenue de combat pendant les grandes chaleurs.
La culotte est confectionnée d'un brun semblable à celui du justaucorps, et les bas sont en serge brune: en effet, les bas des soldats sont fréquemment taillés dans un tissu et cousus, plutôt que tricotés comme ils le sont aujourd'hui. Ils sont retenus par des jarretières, posées juste en dessous du genou, là où la culotte rejoint le bas. Deux noeuds de ruban pendent au bout de ces jarretières; ceux du Carignan-Salières sont noir et chamois.
Pour compléter sa tenue, le soldat porte une cravate blanche et une chemise de même teinte dont les poignets dépassent des manches du justaucorps. Les souliers de l'époque, sont à bouts carrés, et comme les deux chaussures d'une même paire sont taillées selon le même patron, donc identiques, on encourage les soldats à les changer fréquemment de pied afin de les user également! Il y a aussi des cordons tressés utilisés comme lacets.
Les tambours portent des habits aux couleurs de la livrée du colonel. La livrée du prince de Carignan est un justaucorps rouge doublé de bleu et garni du galon de livrée bleu et blanc. Les hauts tambours de bois sont peints en rouge et portent le blason du colonel, une croix blanche sur bouclier rouge.
Les officiers du régiment de Carignan-Salières portent un uniforme semblable à celui de leurs hommes. Les vêtements des officiers sont faits d'une étoffe plus fine et on leur permet certaines modifications. Quelques officiers portent des justaucorps garnis de boutons argentés et de boutonnières ornées de fil d'argent; d'autres portent des chapeaux gris, de préférence aux noirs. Le baudrier blanc de l'officier est orné de franges de soie et son épée a une garde et une poignée argentées.
Ce distingué régiment n'est ni formé ni équipé pour la conduit de la guerre en Amérique du Nord. Chose certaine, l'uniforme réglementaire est inadapté aux hivers canadiens. Les hommes de la milice canadienne portent le capot, il est fort possible que les soldats du régiment aient aussi adopté ce capot en plus des mitaines, mocassins, tuques, jambières et autres articles nécessaires à la tenue d'hiver au Canada.
L'équipement du soldat se compose d'un baudrier de cuir naturel retenant une courte épée et une baïonnette à manche. Un sac à balles et une poire à poudre en laiton, retenus en bandoulière, pendent du côté droit. Dans le régiment, on trouve quelque deux cent fusils, le reste des armes à feu consistant sans doute en mousquets à mèche, communément utilisés par les armées européennes de l'époque.
 
La croix de Saint-Louis
Plusiers commandants du fort Chambly ont obtenu cette distinction. En 1693, le roi Louis XIV, crée l'Ordre de Saint-Louis, une décoration militaire reservée aux officiers actifs dans l'armée ou la marine pendant une longue période de service. Cette décoration est accordée par le roi lui-même, le grand maître de l'Ordre, aux officiers catholique et de bonnes moeurs, méritant cet honneur pour leur courage et leur valeur recommandés par un officier supérieur déja décoré.
En Nouvelle-France loin de la cour, la croix de Saint-Louis est recherchée par tous les officiers à cause de sa rareté, et aussi parce qu'elle octroie une pension en plus de la médaille. Il y a trois grades dans le société: Grand-Croix, limité à huit membres avec une pension de 6000 livres; Commandeur, limité à huit membres avec une pension de 4000 livres et seize membres avec une pension de 3000 livres; Chevalier, illimité, avec une pension de 800 à 2000 livres. Les deux premières distinctions sont reservées aux militaires de haut rang, maréchaux et amirals.
Cette décoration est attachée à l'individu qui la reçoit et ne peut être conservée par les héritiers. Au décès du chevalier, la Croix de Saint-Louis doit être retournée au roi.
Cette décoration consiste en un ruban rouge et une croix d'or à huit pointes pommetées, émaillée de blanc, anglée de fleurs de lys d'or. Au centre de l'avers, sur un champ de gueules émaillé qu'entoure une bordure d'azur également d'émail, cette inscription en lettres d'or: Ludivicus Magnus instituit 1693. Au centre, saint Louis cuirassé d'or et couvert du manteau royal, tient dans sa droite une couronne de laurier et dans sa gauche la couronne d'épines et les clous de la Passion. Au revers, aussi sur champs de gueules, une épée nue flamboyante, la pointe passée dans une couronne de laurier, liée de l'écharpe blanche, le tout cerné d'une bordure d'azur avec ces mots en lettres d'or: Bellicae virtutis praemium.

 
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